Inondations : l’Agglomération sur tous les fronts

Environnement

Beaucoup de chantiers ont été menés et bien d’autres sont à venir pour contenir les phénomènes d’inondation. Mais, au juste, qui fait quoi dans cette problématique complexe ?

Les inondations de 93/94 et 94/95 ont eu pour effet une prise de conscience collective. Les élus ont alors décidé d’engager une démarche globale à l’échelle du bassin de la Lys, traduite par l’adoption d’un schéma d’aménagement et de gestions des eaux (Sage, 1995). Les premières concrétisations ont suivi : réalisation de premières zones d’expansion de crue, création d’un réseau d’alerte, etc. La volonté d’agir s’est renforcée ensuite avec les épisodes douloureux de 1999, de 2016 et 2017, sans évoquer celui du 31 mai dernier...

En la matière, les intercommunalités sont en première ligne. Plus encore depuis le 1er janvier : la compétence « gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations » (Gemapi) leur revient. L’action menée par la Communauté d’agglomération, acteur principal dans ce domaine comme on le comprend, est donc très diverse.

Petits et grands chantiers

Elle passe d’abord par l’entretien des cours d’eau (pas les fossés) : Lawe, Clarence, Nave, Grand Nocq, Guarbecque..., 423 km en tout. Y sont menées des opérations qui visent à faciliter l’écoulement des eaux : nettoyage des lits des rivières, élagage, fauchage, faucardage (coupe de l’excès de végétation en fond de rivière)...

Elle consiste aussi en la défense des berges. Cela par des travaux de clayonnage (on les protège par des murets de saule tressé), mais aussi par la lutte contre le rat musqué, grand perturbateur par les galeries qu’il creuse. Deux piégeurs professionnels employés par l’Agglomération interviennent sur l’ensemble du territoire (contactez votre mairie si vous rencontrez ce problème).

Elle passe aussi par la création d’ouvrages tels les zones d’expansion de crue (ZEC, le long des rivières) ou les retenues collinaires (pour les eaux de ruissellement). Plusieurs ouvrages ont ainsi été creusés ces dernières années, à Norrent-Fontes, Vaudricourt... Leurs bénéfices ont déjà pu être mesurés. D’autres (Estrée-Blanche, Gosnay-Fouquières, Verquin, Ourton, Rebeuve-Ranchicourt...) sont programmés.

L’Agglomération a enfin un travail de responsabilisation sur les digues de protection. La loi lui impose des diagnostics très approfondis, et la fiabilisation de ces ouvrages. Or ces digues sont parfois privées, ce qui complique le travail.


Des responsabilités de chacun

Particulier - Si un cours d’eau n’appartenant pas au domaine public (seule la partie aval de la Lawe appartient à l’Agglomération) traverse ou longe son terrain, ce qui est le cas le plus fréquent, il en est le propriétaire, au moins jusqu’à la moitié du lit. Il est donc tenu de l’entretenir, en s’assurant du bon écoulement (consultez les documents ci-dessous).

Communes - Elles ont pour obligation de traduire les recommandations et/ou obligations de l’État dans leurs documents d’urbanisme. De s’assurer aussi de la protection de leur population par un plan communal de sauvegarde (PCS).

Communauté d’agglomération – Elle assure, avec l’aide financière de l’Agence de l’eau notamment, l’essentiel des travaux d’aménagement et d’entretien.

Symsagel - Le Syndicat mixte pour le schéma d’aménagement et de gestion des eaux de la Lys coordonne les politiques liées à l’eau sur l’ensemble du bassin, un territoire de 1 837 km2 comprenant 225 communes du Pas-de-Calais (175) et du Nord. Il pilote et anime le Papi, programme d’actions de prévention des inondations, un outil permettant le financement d’actions très diverses.

État - Il établit, avec les collectivités, un plan de prévention du risque inondation (PPRI) qui définit les zones critiques, les règles de construction (allant jusqu’à l’interdiction) qui doivent être appliquées. Il finance certaines actions et coordonne les secours en cas de catastrophe.


L’éclairage de Bernard Blondel, vice-président en charge de l’assainissement des eaux usées et pluviales et de l’hydraulique.

« Depuis 2015, la GEMAPI (gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations) revient régulièrement à l'ordre du jour des conseils communautaires quant à l'action de l'Agglomération au niveau hydraulique. Elle suscite de nombreux débats et interrogations.

« À travers ce cadre réglementaire, l’État veut limiter le nombre d'intervenants sur la thématique des cours d'eau, de la lutte contre les inondations et de la protection de la ressource en eau. Il précise également les responsabilités de chacun et fixe les limites financières de son intervention.

« Cette compétence, exercée par notre collectivité depuis le 1er janvier 2018, repose sur deux axes majeurs voulus par les élus de la CABBLR : l'entretien et la restauration écologique des cours d'eau d’une part et la lutte contre les inondations d’autre part.

« Pour autant, sur un territoire qui regroupe 100 communes dont l'histoire s'est construite autour de l'eau, nous ne pouvons pas tout faire et surtout tout de suite. C'est ainsi que nous avons retenu en responsabilité, 420 km de cours d'eau dits 'principaux' et sur lesquels nous menons ou allons mener un ensemble d'actions. Jean-Jacques Martel, Maire de Mazinghem et conseiller délégué à l'entretien des cours d'eau, a pris ce dossier en charge. Son action, au plus proche du terrain, permet l'expliquer nos actions, celles des autres acteurs et surtout d'identifier les priorités à conduire. Ce travail se fait naturellement en concertation avec les maires et acteurs locaux qui connaissent bien leur territoire. Différents travaux sont déjà effectués ou en cours et nous mettons en œuvre un plan d'entretien qui devrait faciliter l'écoulement de l'eau,

« En ce qui concerne la lutte contre les inondations, nos deux secteurs principaux sont les vallées de la Clarence et de la Lawe. Pour autant, les autres secteurs ne sont oubliés et font l'objet d'études complémentaires. Nous sommes face à un lourd dossier ambitieux.

« Suite aux différents événements météorologiques de 2016 et 2017, l'attente de nos habitants, de nos élus, est grande. Si des ouvrages de zones d'expansion de crue ou de bassins ont été réalisés ces dernières années, il reste beaucoup à faire pour éviter ou réduire les conséquences de l'évolution de notre climat et surtout réparer les erreurs que notre société a engendrée ces dernières décennies : urbanisation et imperméabilisation des terrains, réduction ou disparition des zones humides naturelles, évolution du travail du monde agricole.

« Pour cela, avec un plan d'actions précis, établi en concertation avec le Symsagel et dans le cadre du PAPI 3 (Programme d'actions et de prévention contre les inondations) et en collaboration avec les élus et les services de l'État, nous travaillons actuellement pour obtenir la maîtrise foncière des projets retenus et toutes les autorisations réglementaires obligatoires aux travaux. C'est malheureusement une période longue et fastidieuse par laquelle il faut passer.

« Nous y mettons toute notre énergie et souhaitons comme objectif la réalisation des principales ZEC à l'horizon 2020/2021. »

Document: